la brousse

5h30 le réveil sonne.

Le ventilateur tourne encore, l’air est moite, les draps humides. Je descends les marches de la mezzanine sans faire de bruit, il y a 6 autres personnes dans la maison qui dorment encore. En sortant sur la terrasse, j’écoute les bruits du matin, c’est l’heure préférée des oiseaux.

Je longe la piscine qui manque de déborder suite au cyclone de la veille. Les bruissements de feuilles rappellent à mon esprit les margouillas et les cafards qui rôdent. 

Le petit déjeuner aura le goût de corrosol et de pommes lianes et comme chaque matin, je ne finirai pas mon thé brulant.

La route m’attend.

1h30 me sépare de mon nouveau lieu de travail, les kilomètres défilent et les paysages changent à mesure que l’on s’éloigne de Nouméa. Les montagnes se dressent et découpent l'horizon de leurs crêtes vertes. Musique et podcasts continuent de me réveiller en douceur.

Direction la brousse : Paita, Tontouta, Tomo, Boulouparis puis La Foa. 

J’observe la vie calédonienne avec tendresse : les auto stoppeurs, les chiens errants, les 4X4, les chevaux, les vaches et la végétation, les couleurs, les odeurs, les tricots des enfants et les robes mission de leurs mamans. 

Ici pas de radar, pas de péage, pas de klaxon, on téléphone au volant, on s’arrête où bon nous semble, on dit merci en levant le pouce et on applique encore et toujours la devise emblématique de la kanaky : « casse pas la tête »! 

J’arrive dans la tribu de Sarraméa, la première fois, j’étais intimidée. On n’entre pas dans une tribu si l’on n’y est pas invités, alors j’avais la sensation d’être privilégiée.

Je reste toujours discrète, je roule au pas, je salue tous ceux que je croise et tente de comprendre les codes de chacun. Finalement, rien de bien différent d’un autre domicile, si ce n’est qu’ici, on fait la séance avec toute la famille. 

La famille, c’est le socle de tout. Les petites belles filles une fois mariées entre dans la famille de leur conjoint et y reste pour aider aux tâches ménagères. Ainsi, les générations s’entrecroisent et les liens se tissent durablement. Chaque fois que j’ouvre la porte, j’ai la sensation d’avoir été discutée et validée. Je suis maintenant  « ma jolie, ma fille, mon petit, ma belle ou encore tantine », je suis perçue comme une ramification de cette arbre tentaculaire et mystérieux.

Je rejoins le cabinet qui se repère de loin avec sa peinture jaune flashy au milieu des palmiers. J’installe les chaises sur la terrasse qui sert de salle d’attente. Les rdv vont s’enchaîner avec un léger retard imposé par ladite devise citée plus haut.

J’aime la facilité avec laquelle les parents me font la bise et me tutoient, les enfants entrent pieds nus et les relations sont teintées de respect et de gentillesse.

Je repars avec de gigantesques mangues sous le bras, la sensation d’avoir le temps et la place de bien faire mon travail. Le soin est réciproque.

Je suis prête à me lever demain avec le sourire et l’envie d’en découvrir davantage. 

Vanessa