La vie d'expat

Nos affaires lavées, repassées, pliées dans un placard trop grand pour elles, nous nous retrouvons pour déjeuner dans notre cuisine, toute équipée. L’odeur de la soupe de butternut dont nous avions tant parlée envahit la pièce, le chat se faufile entre nos jambes et tandis que nos thés refroidissent, nous observons la mer au loin qui forme une baie infinie. Nos yeux se perdent à travers les palmiers et les citronniers qui entourent la maison. Nous sourions, étonnés d’être là. Après tous ces mois de vagabondage, nous savourons ces petits moments paraissant sans saveur, qu’on balayait autrefois d’un geste mécanique, trop occupés à penser à ce qui nous semblait plus essentiel. Pourtant, aujourd’hui, rien n’est plus important qu’une eau potable s’écoulant à flot, qu’un lit confortable chaque soir, que de manger ce que l’on aime à notre faim et tourner une clé dans la serrure d’un chez soi. 

Puis, nous avons repris le travail ! Nous nous sommes surpris à prendre du plaisir à nous lever, mus par une envie de stimuler, nourrir nos esprits en veille. Les premiers jours se sont révélés puissants de sincérité. Portés par cette soif de découverte, nous avions à cœur d’apprendre, comprendre et toujours, aller à la rencontre de l’autre et interagir avec nos pairs. 

Bien vite, nous avons redécouvert l’équilibre fragile du travail en équipe.

Finalement, même au bout du monde, sous les cocotiers, nous comprenons que le stress, la fatigue, la charge mentale, les maux sont avant tout liés aux relations humaines. Pourtant, "Darwin disait bien que les hommes se sont associés pour faire société quand ils ont découvert et compris que coopérer et délibérer ensemble pour résoudre leurs problèmes était bien plus efficace que de se faire la guerre. Ce qui suppose que ces Hommes premiers « darwiniens » étaient mobilisés par le travail qu’ils avaient à faire pour vivre, et non par leur quête narcissique et leurs pulsions envieuses poussant à n’agir que pour occuper une place d’exception aux dépens de tous les autres." André Sirota

Nous prenons conscience que le voyage nous aura apporté le recul nécessaire, la possibilité de prendre moins les choses à cœur et la force de tout surmonter avec philosophie. La misère du monde encore ancrée dans nos pupilles, les populations qui luttent et la conséquence terrible des politiques extrêmes surgissant entre nos cils, il nous paraît bien ridicule de crier au scandale s’il n’y a plus de café dans la salle de pause, d’encre dans l’imprimante ou de papier dans les toilettes.

Laissons autant que possible ces broutilles loin de nous et profitons de cette île incroyable qui a tant à nous offrir.

Entre cascades et plage de sable blanc, brousse et îlots, nous observons une nature luxuriante, des animaux terrestres et marins précieux et arpentons avec humilité les chemins sinueux.

Alors que nous avions prévu d'aller visiter l'île des Pins "l'île la plus proche du paradis", nous avons été coupés dans notre élan par une annulation d'avion de dernière minute. Qu'à cela ne tienne ! Nous sommes partis direction le sud et sa terre rouge. Les lacs sont d’une beauté singulière, les pistes couvertes de nids de poule ont mises à l’épreuve notre petite Yaris qui bon gré mal gré nous a amené jusqu’à un observatoire de baleines surplombant une baie splendide. Celles ci se font encore un peu désirer et la perspective de les croiser nous met en joie ! Nous sommes remontés à travers tribus et montagnes pour finir sur le barrage de Yaté, connu pour alimenter en électricité 30% de l’île. 

Nous projetons de revenir explorer le parc et organisons nos prochains week ends sur l’île avec bonheur !