Myanmar, mon amour

Nous avons tous connu une personne, plus âgée, qui nous a raconté à quel point «c’était mieux avant ».
Avant, quand les gens s’asseyaient sur un banc devant chez eux pour discuter et regarder la vie suivre son cours, quand on prenait le temps de vivre le moment présent, quand on prenait le temps de ne rien faire. Cet avant, où les émissions n’avaient pas encore éloigné les gens mais leur permettaient de se rassembler devant la seule télévision du quartier. Cet avant, quand on entendait les rire des enfants jouant et courant dans les rues et la ritournelle entêtante du marchand de glaces ou de journaux.
Cet avant, est-ce le Myanmar ?

 

Si la religion fait un pays, les sourires constants de la population, la quiétude et la joyeuse ambiance qui y règnent ainsi que la ferveur et l’extrême pudeur omniprésentes nous ont permis d’être conquis par le bouddhisme.
Malgré la pauvreté, le bétel qui fait planer, les chiens errants et les crachats incessants sur la chaussée, nous nous sommes laissés porter par cette douceur de vivre et avons pris le temps de voyager.
Nous avons été photographiés des dizaines de fois et sans cesse complimentés sur notre soi-disant beauté. Nous avons fait des rencontres marquantes et, alors que Vanessa a été bénie par clémentine interposée, Quentin a passé avec brio son permis moto Asiatique !

 

Myanmar, toi que l’on connaissait par le biais de journaux télévisés sous le nom de Birmanie, toi qui t’es construite sur les cendres d’un passé colonial dévastateur, toi qui était présentée comme étant à la merci d’une junte totalitaire et avare de compassion, toi qui réserves encore à certaines de tes ethnies un sort bien triste, nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre en franchissant tes frontières. Les birmans n’ont pas la possibilité d’aller à l’école car celle-ci coute très cher et n’apporte aucun bénéfice à la famille. Ils se font souvent recruter par la junte qui leur promet récompense et mérite. L’accès à l’université, et donc à des métiers pouvant éventuellement rapporter davantage que vendeurs de cartes postales ou de loteries, est réservé à l’élite. 

 

Pourtant, sur place, nous n’avons pas ressenti ta part sombre, tout ce que nous avons pu vivre ici fut un réel shoot d’humanité.

Nous n’avons donc pas perdu de vue tous ces paramètres et nous sommes posé la question suivante : comment une population en si grande souffrance peut-elle devenir à nos yeux la plus belle que nous ayons rencontrée ?

Voici quelques éléments de réponse :

Nous n’avons jamais contemplé d’enfants aussi calmes et souriants, aussi paisibles et ouverts. Les enfants birmans sont de véritables petits bijoux ! Ici, la famille prend une grande place et nous avons eu la chance d’observer tôt le matin les routines et la vie quotidienne se mettre tranquillement en place. Les générations se côtoient, tandis que la mère s’occupe du « coin à prières », le père remplit de riz les bols des moines, l’ainé passe le balai et le plus jeune donne à manger aux pigeons. Mais surtout, quel bonheur de voir à quel point ils s’aiment ! Les marques d’affection sont pudiques et sans fioritures mais chaque jour nous avons pu assister à la joie d’un enfant de voir son grand frère se réveiller, l’excitation d’un autre de voir son père venir le chercher à l’école ou le bonheur d’une petite fille devant sa grande sœur lui montrant comment fonctionne un cerf-volant.

Le Myanmar, c’est comme un grand village ! Chaque personne nous dit bonjour, nous demande comment nous allons et reprend son chemin tranquillement. Les gens se parlent beaucoup et passent toutes leurs journées ensemble. Les maisons sont ouvertes et invitent au partage. 

Les jeunes font des jeux traditionnels, rigolent et les amourettes naissent en même temps que le soleil se couche. 

Nous n’avons jamais vu personne se disputer, hausser le ton ou encore moins se battre.

La souffrance rapproche, elle nous permet de créer plus de liens, de nous souder face à l’adversité, de nous soutenir pour lutter. 

 

La souffrance, nous la vivons chacun à notre niveau et même s’il existe des degrés différents et que l’on ne peut définitivement pas comparer la France et le Myanmar à cet égard, nous savons que nous ne sommes pas épargnés. La richesse des peuples est trop souvent mal représentée par leurs politiciens, qui bien qu’étant sur la même planète ne sont malheureusement pas du même monde. 

 

Ainsi, face aux attentats, aux manifestations, aux rages et désespoirs que nous vivons en France, face à nos difficultés, nous avions envie de vous partager ce qui nous semble peut-être une clé, un début de solution pour se sentir plus fort et continuer à lutter : l’amour, la famille, les amis, le partage, l’accueil, les rencontres, la foi en ce qui compte pour nous et toujours, l’espoir.