etat méditatif

Phnom Penh, ses rues bondées, sa circulation incessante mêlant klaxons et bruits de moteurs, ses odeurs de rues entêtantes et sa population de richissimes investisseurs chinois et cambodgiens démunis. Ici, pas d'entre deux social. Nous assistons à la poussée de gigantesques buildings rasant des hectares de terrains et obligeant les locaux à vivre dans la rue ou se réfugier en campagne. Ainsi, la misère est partout sous nos yeux et, bien que ce ne soit pas la première fois que nous traversions un pays pauvre, celui ci nous fait un effet différent. La visite des camps d'exterminations et de la prison la veille y sont pour beaucoup. Nous avons en tête toutes les horreurs que les gens ont vécues et nous questionnons sur leur avenir. 

Nous arpentons la ville sous une chaleur moite qui nous fatigue. Nous passons par un quartier qui nous interpelle : de jeunes filles outrageusement sexys attendent sur des tabourets de bar dans la rue, chacune sur son téléphone portable. Plus loin, à la terrasse des cafés, ce sont des hommes occidentaux d'une soixantaine d'années qui sont attablés, seuls devant des bières tièdes ou des pizzas insipides. Ils semblent être à l'aise, connaître les lieux. Nous comprenons que chaque soir, le même scénario se répète. Le tourisme sexuel est partout. Les jeunes filles n'ont pas encore atteint la majorité, elles vendent leurs corps pour survivre à des hommes qui pourraient tous être leurs pères.

A la nuit tombée, elles prient. Les mains jointes sur des bâtons d'encens brulants, elles ferment les yeux et récitent des mantras à demi-mot.

Leurs désirs et espoirs secrets partent dans une fumée épaisse rejoindre un ailleurs meilleur.

Nous avons rdv dans un temple, le Wat Landska pour participer à une heure de méditation. Assis en tailleur auprès d’une dizaines de locaux et d’occidentaux, il n’y aura finalement pas de moine ou de professeur pour nous guider. Simplement des coussins à disposition et deux grands bouddhas face a nous qui nous sourient malicieusement.

Nous ne savons pas vraiment comment nous y prendre alors nous imitons les personnes autour de nous. Nous choisissons des coussins près d'une porte afin de profiter du peu d'air frais s'infiltrant de l'extérieur et pouvoir prendre la fuite en cas de besoin !

Les 15 premières minutes sont difficiles : la main droite qui gratte, la jambe gauche qui fourmille, les bruits de l’extérieur, un chat qui vient ronronner près de nous...et fait sursauter nos voisins sur son passage. Nous fermons les yeux et attendons tranquillement que nos corps et nos esprits s’habituent. Les pensées viennent, incessantes et nombreuses. Tout y passe, du petit déjeuner qui n'était encore une fois pas assez nourrissant aux impôts qu'il faudra bientôt payer, de la petite fille qui dansait sous l'arbre centenaire aux billets de bus qu'il faut réserver. Nous nous concentrons sur notre respiration, sur laquelle nous pouvons toujours compter en cas d'échappées cérébrales. 

Inspiration, expiration. Tiens, le bruit des scooters se fait plus lointain. Inspiration, expiration. Se tenir droit, se montrer digne. Inspiration....expiration...

La magie opère.

Au bout de 30 min dans un silence quasi total, nous sentons que l’esprit lâche prise. Le corps et les paupières deviennent lourds, la respiration s’est ralentie. Elle est ponctuée de longues inspirations qui libèrent les tensions. Un léger sourire aux lèvres, les paumes de mains vers le ciel, ce sont les bruits d’un oiseau perché sur l’arbre dans la cour intérieur et celui de clochettes qui tintent doucement au gré du vent qui prennent le dessus. Les sens eux-mêmes s’endorment peu à peu laissant place à un état de semi veille nous permettant de ressentir une forme de plénitude qui donne presque le vertige.

Cet état s’approcherait de celui du rêve éveillé ou de l’hypnose. Le corps est comme endormi, et l’esprit à présent apaisé nous permet de savoir que nous sommes là, présents, en train de méditer, sans tout à fait être là. Le flot d’idées a disparu, il laisse place au silence, un silence rassurant qui nous permet d’être au cœur même de notre intérieur.

Cela ne dure pas longtemps, une personne tousse, une autre se lève, nous revenons rapidement au réel, avec l’étrange sensation d’avoir touché du doigt un monde parallèle si apaisant qu’il nous donne envie de recommencer et répéter cet exercice encore et encore pour avoir la chance d'atteindre (qui sait), peut être un jour, enfin l'éveil.