Oman

Nous avons de plus en plus de difficulté à nous retrouver seuls, vraiment seuls. Est-ce encore possible ? Un silence troublant, entendre son cœur battre, ouvrir et fermer les yeux au rythme de sa respiration, être présent au monde, à soi, rien qu’à soi.

Se retrouver face à soi-même, combattre ses propres peurs, affronter le vide qui nous habite et l’accueillir, l’accepter comme un endroit secret dans lequel on pourrait cacher mille petits bonheurs, comme un ami à qui l’on pourrait dire tout ce que l’on a sur le cœur, comme un enfant, l’enfant que nous avons été, que l’on bercerait tendrement et à qui l’on chuchoterait des mots d’amour.

Happés par des semaines de plus en plus débordantes, appelés à consulter ses mails ou les réseaux sociaux à chaque notification, se soucier de sa famille, de ses amis, prévoir, organiser. La solitude se fait de plus en plus rare voire totalement absente de nos quotidiens.
Poussés par nos ambitions, nos responsabilités, nos rêves peut être, nous en oublions parfois de revenir à l’essentiel. Apprécier, prendre le temps, ralentir la course effrénée de nos vies bien remplies.
Il ne nous semble pas anodins que la pleine conscience, les retraites silencieuses et bien d’autres concepts trouvent de plus en plus leur place dans nos sociétés. Or, au-delà de ces activités supplémentaires à ajouter à notre calendrier, nous avons compris, expérimenté et vécu durant 13 jours le simple fait de bivouaquer.
Le bivouac consiste à trouver un endroit où dormir du coucher au lever du soleil puis replier le matin notre campement et s’en aller comme l’on est venu. Peu de personnes le savent mais il est autorisé dans de nombreux pays, même en France, en particulier dans les parcs nationaux.
Notre expérience s’est déroulée en Oman, face aux éléments changeants, à une nature grandiose, avec un confort sommaire et peu de matériel.
Nous avons alors touché du doigt ce qui nous a semblé tout à coup être le plus essentiel : être seuls, être au contact de la nature, être libres.

 

 Partie 1 : Les prémices

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé le voyage. Confortablement installé sur la place arrière gauche d’une énièmes CX que mon père venait d’acheter, on sillonnait la France pour rendre visite à la famille ou bien pour son travail. Des heures assis là à regarder les paysages défiler devant mes yeux. Des plages de Bray dunes à celles de Saint Jean de Luz, des falaises d’Etretat aux monts du mâconnais, des stations de ski aux méandres du lot.

Mon esprit se perdait au fil des kilomètres et j’aimais ça !

 

Parfois, à la maison, je m’ennuyais. J’ai eu la chance de grandir dans cette époque bénie où ma mère m’a répondu : « prends un livre ». J’ai suivi ses conseils. J’ai pris un livre, celui qui s’appelle Mathilda de Roahl Dahl.
Il arrivait aussi à Mathilda de s’ennuyer, alors elle s’est plongée dans les livres, toutes sortes de livres qui lui ont permis de s’évader plus loin qu’elle n’aurait jamais imaginé. Ça m’a intrigué, j’ai donc fait comme elle. J’ai lu, des dizaines, des centaines de livres. J’ai découvert le pouvoir des histoires, qui vous emmènent de l’Himalaya à la muraille de Chine, des océans aux forêts amazoniennes, qui vous font devenir tour à tour pirate, instituteur, princesse ou mercenaire.

J’ai voyagé à travers ces lignes plus loin que je n’aurais imaginé.
Puis j’ai grandi et j’ai compris que même si je ne serai jamais pirate, instituteur, princesse ou mercenaire, j’avais la possibilité d’aller voir de mes propres yeux les mondes dans lesquels ces personnages évoluaient, les pays qui avaient inspirés leurs auteurs, les populations dont ils étaient les ancêtres.

Nous nous sommes rencontrés. Nous avons commencé par visiter divers pays, de quelques jours à plusieurs mois. Nous avons aimé découvrir d’autres cultures, parler d’autres langues mais ce qui nous a toujours émerveillés reste la nature, brute, à l’état pur. Nos cœurs s’emballent devant les immensités à perte de vue qu’elles soient de neige, de roche ou de sable. Nos souffles sont coupés devant les vertigineuses chutes d’eau ou les lacs de montagne. Nous aimons la sensation de se sentir petits, seuls, démunis et de n’avoir rien d’autre à faire que de s’incliner et respecter la puissance de la nature.

Poussés par un élan d’indépendance et de liberté, nous avons souhaité organiser un voyage à l’image de nos rêves et espérances respectifs.


Ainsi, après 25 jours passés en Iran, nous voici arrivés en Oman pour 13 jours.
Il nous a paru naturel de louer un 4x4 et partir en bivouac à travers ce pays encore peu touristique mais si prometteur.

 



Partie 2 : le road trip

Nous arrivons à l’aéroport de Mascate via un bus reliant Dubaï à la capitale omanaise.

Encore 2 heures d’attente avant de pouvoir mettre la clé sur le contact. La voiture n’est pas prête ! Nous en profitons pour organiser la suite de la journée. 

Enfin assis dans notre 4x4, un passage en grande surface semble inévitable afin de faire le plein de vivres pour les prochains jours. Bivouaquer pendant 13 jours nécessite d’être organisé, d’autant plus lorsque le road trip s’inscrit dans une suite de voyage et non pour des vacances de deux semaines.
De l’eau (beaucoup d’eau), des légumes, des féculents, lait et céréales, aluminium et sacs poubelle ! Petit détour par une librairie pour récupérer le fameux, l’indispensable, l’inespéré Oman Off Road, le guide suprême si vous voulez découvrir le sultanat via des itinéraires routiers et pédestres mettant en avant la splendeur de la nature du pays. Un 4x4 digne de ce nom sera nécessaire pour arpenter ces sentiers escarpés mais l’expérience vaut le coup !

 

Ainsi, c’est grâce à ce guide que nous nous dirigeons sur la côte est dès le lendemain. Rouler dans un autre pays que le sien peut s’avérer parfois difficile. En Oman, la circulation est fluide et nous nous faisons très vite aux quelques spécificités (comme ces énormes dos d’âne présents en nombre dans tout le sultanat).


Une halte sur une plage s'impose avant de rejoindre une jolie crique sauvage pour la nuit. Les gestes, qui deviendront routiniers au fil des jours, se mettent en place : aller chercher du bois, faire du feu, monter le campement, dîner à la belle étoile avant de rejoindre notre tente au coucher du soleil.

Nous sommes un soir de week end, les jeunes omanais font la fête sur la montagne au dessus de nous et les chats sauvages viennent nous rendre visite durant la nuit, ce qui ne nous permettra pas de dormir sur nos deux oreilles.

 

Le lendemain, nous longeons la côte pour rejoindre la mer et dormir au son des mouettes et des vagues qui viennent se briser sur les rochers tout proches.

A quelques kms, nous découvrons les « wadi », des lits de rivières paradisiaques dans lesquels nous pouvons nous baigner. Nous décidons de rejoindre les montagnes par une off road qui se révèle trop raide pour notre 4x4 ! Nous passons donc tranquillement la nuit au frais sur une montagne en contrebas en compagnie des chèvres et des ânes.

La matinée est passée à se prélasser dans les eaux turquoises du wadi Bani Khalid. L'eau est chaude, les poissons viennent grignoter nos pieds et on entend au loin les clapotis d'une cascade. Vanessa est obligée de porter un short et un tee shirt pour se baigner mais cela n'enlève en rien à la joie de nager dans ce lieu paradisiaque.

Nous prenons la route en direction de l’île de Masirah. Les kms défilent et le vent souffle de plus en plus, la visibilité s’amenuise, nous sommes pris dans une tempête de sable ! Celui ci se déverse sur la route et semble presque vivant lorsque l'on observe les bourrasques sur le bas côté. Des amas de sable se forment sur l'asphalte, les voitures d'en face nous font régulièrement des appels de phare pour nous prévenir car en effet, quelques mètres plus loin, nous roulerons sur un amas plus dur que de la roche.

Ici se dresse le Rub al Khali, réputé pour être le désert le plus aride et hostile de la planète.

Tout ceci n’invite pas à établir le campement et nous contraint à nous replier dans l’hôtel de la ville la plus proche.

Après une bonne nuit de repos, le temps n’est toujours pas à la fête et il nous sera malheureusement impossible de prendre le bateau ce jour là. 

Ainsi, notre trajet est modifié direction les "white sand" en espérant y trouver un meilleur climat. Ce désert de sable blanc, qui se jette dans la mer, est encore peu fréquenté car très au sud, ce qui nécessite d'avoir assez de temps sur place pour y parvenir.

L'asphalte s'arrête net pour laisser place à une piste de sable. Le soleil chauffe, aucun souffle d’air à l’horizon. 10 kms nous séparent du bord de mer, nous nous engageons sur la plage avec une légère appréhension concernant la conduite sur le sable. Malgré nos efforts et notre prudence, la voiture s'embourbe rapidement. Heureusement, au bout de 30 min à creuser pour dégager les roues, un omanais vient à notre rescousse en dégonflant totalement les pneus et nous voici partis en flèche !

La plage s'étend à perte de vue, les mouettes s’envolent par centaines sur notre passage. Nous atteignons les dunes de sable blanc, magnifiques. Nous ne croisons personne durant toute la fin de journée. Après avoir couru, sauté et arpenté les dunes, nous choisissons un emplacement entre le bord de mer et les dunes pour y passer la nuit. Malgré notre campement de toute évidence en sureté, la marée monte très haut, ce qui nous empêchera encore une fois de dormir profondément car le bruit des vagues et la puissance du vent retentiront dans la tente toute la nuit.

Les jours suivants, nous remontons par les terres et faisons quelques haltes dans les wadi près de Nizwa, Bahla, Rustaq. Les wadi sont plus ou moins remplis d'eau mais nous laissent toujours la possibilité de nous baigner. Une visite du fort ainsi que le souk de Bahla, réputé pour ses poteries, nous amènent à rencontrer un omanais et partager un délicieux café à la cardamome.

Le lendemain matin, nous prenons le temps de faire une randonnée de 15 kms dans le Hajar oriental qui abrite une population d'éleveurs bédouins, ce qui nous permet d'avoir une vue d'ensemble sur la vallée et découvrir d'anciens villages en ruine ainsi que des cultures de maïs. Les vallées sont luxuriantes puisque les splendides canyons reçoivent une quantité d'eau suffisante à l'année. Les Tahrs d'Arabie, (animal qui ressemble à une chèvre sauvage) et les ânes nous accompagnent durant cette marche.

Après deux jours passés dans ces impressionnants canyons, nous tentons de rejoindre le Jabal al Alkhdar mais arrivés au check point, la police ne nous autorise pas à poursuivre, estimant notre 4x4 trop petit pour franchir le col. 

 

Un peu désappointés, nous continuons notre route vers le Nord et terminons notre séjour à Mascate, entre baignade et bons restaurants !

 

L’envie de goûter à cette liberté était forte, nous avons été servis ! L’expérience du bivouac sur plusieurs jours nous a permis de réfléchir et songer à nos quotidiens : ce qui pouvait nous manquer, ce à quoi nous nous étions habitués, ce dont nous pourrions nous passer…-Faire du feu et cuisiner avec, se coucher et se lever avec le soleil, rationner l’eau, ne pas prendre de douche, se demander dans quel sens souffle le vent, monter/démonter la tente, utiliser l’électricité de la voiture, s’endormir avec le bruit du vent et des animaux, utiliser une carte routière, ne pas avoir internet ou le téléphone, chercher un endroit où dormir, se perdre, trouver un chemin secret, observer chaque soir les étoiles et la voie lactée – comment ne pas se questionner sur nous-mêmes, en tant qu’humains, face à ces gestes si basiques, si essentiels, si simples ? Les genoux écorchés, des hématomes plein les jambes et le corps dévoré par les moustiques, nous avons l’impression d’avoir reçu une véritable leçon de vie, de nature, nous nous sommes sentis libres et profondément vivants !

La question qui s’impose à nous est maintenant la suivante : comment ramener un peu de cette expérience chez nous ? Comment faire pour rester conscients et responsables ? 

Les derniers jours à Mascate nous ont permis de retrouver des douches chaudes, internet, un accès à la nourriture à profusion, un service de ménage et un matelas confortable. Nous ne pouvons pas nier que le simple fait de se glisser sous une couette a rendu Vanessa ravie et la meilleure pizzeria de la ville à 10 min de l’hôtel a fait les yeux doux à Quentin ! 

Cependant, nous gardons à l’esprit ce sentiment puissant, celui de se sentir exister, ainsi que les conclusions intéressantes de cette expérience et nous espérons garder les pieds sur terre et la tête dans les étoiles pour de nombreuses années encore !